Dernières notes
Loïc Boyer
Je suis l’auteur de textes courts qui furent publiés depuis mil neuf cent quatre-vingt-quinze dans des revues littéraires en France (Supérieur Inconnu, Supplément d’Ame, Nouvelle Donne, Le Bord de l’Eau, Pris de Peur, l’Art du Bref, Sol’Air, Gros Textes, Salmigondis, Verso, Décharge, Bulle, Filigranes, Diérèse, Martobre, Comme ça et Autrement, (Cahier d’) Ecritures, La Nef des Fous), en Belgique (Traversées, Ecrits Vains, L’Arbre à Plumes, Inédit Nouveau, Bleu d’Encre), au Canada (Les Saisons Littéraires) et en Italie (Les Cahiers du Ru).
Les courageuses Editions du Chardon ont publié en mil neuf cent quatre-vingt-dix-neuf Erotica, un recueil de vingt-huit de ces textes, illustré par Isabelle Pio et Antoine Lopez et préfacé par Sarane Alexandrian, toujours disponible auprès de moi.
Je suis également l’auteur d’une pièce de théâtre et de plusieurs romans ou récits à ce jour inédits.
Depuis le onze novembre deux mille six, je publie mon Journal via Internet, un temps sous-titré Persiflages, moquages et autres énervages mâtinés de complimentages et de contentages. Sa première partie est lisible chez Eklablog, la deuxième ici.
Je vis au centre de Rouen dans un ancien monastère où autrefois les Sœurs de la Miséricorde se vouaient à l’éducation des jeunes filles.
Les courageuses Editions du Chardon ont publié en mil neuf cent quatre-vingt-dix-neuf Erotica, un recueil de vingt-huit de ces textes, illustré par Isabelle Pio et Antoine Lopez et préfacé par Sarane Alexandrian, toujours disponible auprès de moi.
Je suis également l’auteur d’une pièce de théâtre et de plusieurs romans ou récits à ce jour inédits.
Depuis le onze novembre deux mille six, je publie mon Journal via Internet, un temps sous-titré Persiflages, moquages et autres énervages mâtinés de complimentages et de contentages. Sa première partie est lisible chez Eklablog, la deuxième ici.
Je vis au centre de Rouen dans un ancien monastère où autrefois les Sœurs de la Miséricorde se vouaient à l’éducation des jeunes filles.
22 janvier 2015
Ce mercredi matin, arrivé à Paris, je rejoins pédestrement le quartier de l’Opéra et après un café Chez Edmond, entre chez Book-Off. J’en suis quasiment le seul client et y flâne à mon aise. Les employées s’y plaignent de ne pas avoir mangé assez de galettes cette année et envisagent d’en acheter encore une avant la fin du mois. C’est aussi pour cette raison que mon circuit habituel est modifié. A onze heures, je frappe à la porte de celle qui m’attend dans le dix-huitième arrondissement.
Son appartement est maintenant meublé à son goût et par la fenêtre, on a toujours une belle vue sur des façades et toits d’immeubles pas trop proches dominés aujourd’hui par le ciel bleu. Cela ne va hélas pas durer, le permis de construire est affiché, des échafaudages arrivés. Un immeuble de six étages va être planté dans la dent creuse. Il bouchera aussi la vue.
Nous sommes heureux de nous retrouver. Elle me montre le Charlie Hebdo des survivant(e)s qu’elle a réussi à acheter puis nous partageons le délicieux plat de sa confection, une cuisse de poulet rôtie accompagnée de pommes de terre au four et d’autres légumes dont j’oublie le nom, avec un bon vin, cela suivi du partage de la galette des rois d’un boulanger du quartier.
Lorsqu’il me faut la quitter, je rejoins le Père Lachaise, exactement l’endroit où j’étais avec les deux gendarmes mobiles le dimanche de la marche monumentale. Le graffiti rouge a été effacé. La circulation automobile a repris ses droits (comme on dit). Dans une petite rue voisine du carrefour se trouve une maison d’édition dont l’une des responsables m’a acheté un livre que je lui remets.
Je rejoins ensuite la Bastille à pied, descendant toute la rue du Chemin Vert, passant devant La Musardine sans avoir envie d’y entrer puis devant toutes les boutiques chinoises de vêtements chinois réservées à la clientèle de gros et demi-gros et arrive au boulevard Richard-Lenoir. A l’endroit où le policier a été tué est érigée une sorte d’autel couvert de fleurs et de bougies où certain(e)s font leurs dévotions.
En ce milieu d’après-midi, le Book-Off du faubourg Saint-Antoine est fort achalandé, difficile d’y circuler. Quand j’en ai assez, je prends le bus Vingt qui passe par la République où certain(e)s font leurs dévotions devant la statue, puis par les Grands Boulevards, celui des Italiens, l’Opéra et les Galeries Lafayette, jusqu’à son terminus, Saint-Lazare.
Un train sans histoire me reconduit à Rouen où les voyageurs sont accueillis en haut des marches par trois soldats en arme, le canon dirigé vers le sol mais le doigt sur la gâchette. A la sortie de la gare, une fille m’aborde pour me demander comment faire pour aller à Elbeuf.
-Eh bien, par le train, lui dis-je.
Elle m’apprend qu’elle a raté le dernier. Le train du Havre où elle est allée voir ses parents a eu du retard et elle a manqué la correspondance.
-Il y a des bus en journée, lui dis-je, mais à cette heure-là c’est terminé. Il va falloir que vous appeliez quelqu’un.
-Je n’ai que mon frère à Elbeuf, il n’a pas de voiture et nous n’y connaissons personne.
Pendant que nous descendons la rue de la Jeanne, cette demoiselle m’explique qu’elle vit chez ce frère depuis peu, ayant quitté Le Havre pour fuir de mauvaises fréquentations. Elle n’a pas d’argent pour aller à l’hôtel.
Je lui dis que j’ai une chambre libre chez moi et que je peux l’héberger pour la nuit. Evidemment, elle refuse.
-Vous n’allez tout de même pas passer la nuit dehors, c’est dangereux et vous allez mourir de froid.
Elle me dit qu’elle va faire du stop.
Convaincre cette fille perdue qu’elle serait plus en sécurité chez moi est mission impossible.
-Mon frère ne veut pas que j’aille chez des gens que je ne connais pas, me dit-elle.
-Le stop est aussi dangereux, lui dis-je.
-Je vais essayer de trouver une dame, me répond-elle.
Au carrefour avec la rue aux Juifs, nos chemins se séparent. Elle me souhaite une bonne soirée et je lui souhaite bonne chance, espérant ne pas avoir de ses nouvelles à la rubrique faits divers des sites d’information locale.
*
Si elle a trouvé une voiture avec une dame au volant, la conversation a dû être la suivante :
-Il y a un monsieur qui m’a proposé de m’héberger, il avait l’air gentil mais j’ai préféré refuser.
-Vous avez eu raison. Avec les hommes, on ne sait jamais.
Son appartement est maintenant meublé à son goût et par la fenêtre, on a toujours une belle vue sur des façades et toits d’immeubles pas trop proches dominés aujourd’hui par le ciel bleu. Cela ne va hélas pas durer, le permis de construire est affiché, des échafaudages arrivés. Un immeuble de six étages va être planté dans la dent creuse. Il bouchera aussi la vue.
Nous sommes heureux de nous retrouver. Elle me montre le Charlie Hebdo des survivant(e)s qu’elle a réussi à acheter puis nous partageons le délicieux plat de sa confection, une cuisse de poulet rôtie accompagnée de pommes de terre au four et d’autres légumes dont j’oublie le nom, avec un bon vin, cela suivi du partage de la galette des rois d’un boulanger du quartier.
Lorsqu’il me faut la quitter, je rejoins le Père Lachaise, exactement l’endroit où j’étais avec les deux gendarmes mobiles le dimanche de la marche monumentale. Le graffiti rouge a été effacé. La circulation automobile a repris ses droits (comme on dit). Dans une petite rue voisine du carrefour se trouve une maison d’édition dont l’une des responsables m’a acheté un livre que je lui remets.
Je rejoins ensuite la Bastille à pied, descendant toute la rue du Chemin Vert, passant devant La Musardine sans avoir envie d’y entrer puis devant toutes les boutiques chinoises de vêtements chinois réservées à la clientèle de gros et demi-gros et arrive au boulevard Richard-Lenoir. A l’endroit où le policier a été tué est érigée une sorte d’autel couvert de fleurs et de bougies où certain(e)s font leurs dévotions.
En ce milieu d’après-midi, le Book-Off du faubourg Saint-Antoine est fort achalandé, difficile d’y circuler. Quand j’en ai assez, je prends le bus Vingt qui passe par la République où certain(e)s font leurs dévotions devant la statue, puis par les Grands Boulevards, celui des Italiens, l’Opéra et les Galeries Lafayette, jusqu’à son terminus, Saint-Lazare.
Un train sans histoire me reconduit à Rouen où les voyageurs sont accueillis en haut des marches par trois soldats en arme, le canon dirigé vers le sol mais le doigt sur la gâchette. A la sortie de la gare, une fille m’aborde pour me demander comment faire pour aller à Elbeuf.
-Eh bien, par le train, lui dis-je.
Elle m’apprend qu’elle a raté le dernier. Le train du Havre où elle est allée voir ses parents a eu du retard et elle a manqué la correspondance.
-Il y a des bus en journée, lui dis-je, mais à cette heure-là c’est terminé. Il va falloir que vous appeliez quelqu’un.
-Je n’ai que mon frère à Elbeuf, il n’a pas de voiture et nous n’y connaissons personne.
Pendant que nous descendons la rue de la Jeanne, cette demoiselle m’explique qu’elle vit chez ce frère depuis peu, ayant quitté Le Havre pour fuir de mauvaises fréquentations. Elle n’a pas d’argent pour aller à l’hôtel.
Je lui dis que j’ai une chambre libre chez moi et que je peux l’héberger pour la nuit. Evidemment, elle refuse.
-Vous n’allez tout de même pas passer la nuit dehors, c’est dangereux et vous allez mourir de froid.
Elle me dit qu’elle va faire du stop.
Convaincre cette fille perdue qu’elle serait plus en sécurité chez moi est mission impossible.
-Mon frère ne veut pas que j’aille chez des gens que je ne connais pas, me dit-elle.
-Le stop est aussi dangereux, lui dis-je.
-Je vais essayer de trouver une dame, me répond-elle.
Au carrefour avec la rue aux Juifs, nos chemins se séparent. Elle me souhaite une bonne soirée et je lui souhaite bonne chance, espérant ne pas avoir de ses nouvelles à la rubrique faits divers des sites d’information locale.
*
Si elle a trouvé une voiture avec une dame au volant, la conversation a dû être la suivante :
-Il y a un monsieur qui m’a proposé de m’héberger, il avait l’air gentil mais j’ai préféré refuser.
-Vous avez eu raison. Avec les hommes, on ne sait jamais.
21 janvier 2015
Dans la deuxième moitié des années soixante-dix, Scutenaire a entre soixante-neuf et soixante-quinze ans et est fort troublé par les jeunes filles hamiltoniennes, comme en témoignent ces inscriptions :
Au contraire de mes coutumes, je suis attiré aussi par une demoiselle sa voisine, de treize à quatorze ans, formée déjà, très court vêtue, parfois en uniforme bleu marine de lycéenne, aux creux de genoux qui m’éblouissent. Elle porte lunettes, ses cheveux sont noirs et tirés. Je la crois Turque ou à demi, car je l’ai vue en compagnie d’une forte femme visiblement, par l’habit, de nation ottomane.
L’aînée de ma boulangère a dix-sept ans, elle est une des plus belles filles que j’ai vues pour ce qui est du corps sinon pour le visage, qui pourtant n’a rien de laid. Pas coquette ou sûre d’elle, elle s’habille n’importe comment. Les jours de jupe très courte j’admire ses jambes et haut ses cuisses pleines, qu’elle croise sans prudence et, je crois, sans provocation.
Dans une auberge du Luberon, une adolescente au bon regard en robe pauvrette doucement jolie et tendrement courtoise. Voilà trois ans qu’on ne l‘a vue et elle n’a point disparu de mes songeries aussi pures que brûlantes.
Sachez, mademoiselle, qu’un bon priape doit avoir la largeur de l’index et du majeur réunis, la longueur, main ouverte, du bout du pouce jusqu’à l’extrémité du majeur.
Enseigner le plaisir, ils appellent ça dépraver.
Louis Scutenaire étant mort le quinze août mil neuf cent quatre-vingt-sept, il n’a pas connu l’époque où ses penchants deviendront suspects, voire même répréhensibles.
Au contraire de mes coutumes, je suis attiré aussi par une demoiselle sa voisine, de treize à quatorze ans, formée déjà, très court vêtue, parfois en uniforme bleu marine de lycéenne, aux creux de genoux qui m’éblouissent. Elle porte lunettes, ses cheveux sont noirs et tirés. Je la crois Turque ou à demi, car je l’ai vue en compagnie d’une forte femme visiblement, par l’habit, de nation ottomane.
L’aînée de ma boulangère a dix-sept ans, elle est une des plus belles filles que j’ai vues pour ce qui est du corps sinon pour le visage, qui pourtant n’a rien de laid. Pas coquette ou sûre d’elle, elle s’habille n’importe comment. Les jours de jupe très courte j’admire ses jambes et haut ses cuisses pleines, qu’elle croise sans prudence et, je crois, sans provocation.
Dans une auberge du Luberon, une adolescente au bon regard en robe pauvrette doucement jolie et tendrement courtoise. Voilà trois ans qu’on ne l‘a vue et elle n’a point disparu de mes songeries aussi pures que brûlantes.
Sachez, mademoiselle, qu’un bon priape doit avoir la largeur de l’index et du majeur réunis, la longueur, main ouverte, du bout du pouce jusqu’à l’extrémité du majeur.
Enseigner le plaisir, ils appellent ça dépraver.
Louis Scutenaire étant mort le quinze août mil neuf cent quatre-vingt-sept, il n’a pas connu l’époque où ses penchants deviendront suspects, voire même répréhensibles.
20 janvier 2015
Lecture est faite de Mes Inscriptions 1974/1980 de Louis Scutenaire, ni poète, ni surréaliste, ni belge, A six heures du matin, le 29 juin 1905, quand je suis né, la Belle Epoque a été supprimée, ouvrage édité au Pré aux Clercs en mil neuf cent quatre-vingt-quatre. J’y ai trouvé des banalités, quelques répétitions, des poésies parfois, et les formules dont je me délecte et que je recense l’après-midi à l’Ubi (Nul n’a le droit de faire un choix dans mes œuvres, même pas moi.):
Je pense trop de mal des gens pour en médire.
Sa chair n’était pas pantelante mais je la pris tout de même.
Pendant qu’on l’égorgeait, elle criait d’une façon désagréable.
Je me suffis ; parfois il y en a même trop.
Je n’ai pas inventé la brouette mais de m’asseoir dessus plutôt que la pousser.
La démocratie consiste à faire voter les esclaves pour les valets du maître.
Militaires de tous les pays, unissez-vous.
Je pense, donc je fuis.
Leurs robes les portent.
Tous ces gens que je ne connais ni du cul ni de la tête…
Cet air traqué, buté, de la plupart des filles quand elles se sentent seules.
Se désintéresser passionnément de tout.
Il y a quelque chose : rien.
Ecrivez, écrivez, cela ne sert à rien.
L’existence des chrétiens prouve la non-existence de Dieu.
Mon privilège : ne pas m’identifier aux autres.
Regarder la réalité en farce.
Ne lisez pas les livres, ça les abîme.
Vous toutes que j’ai possédées et qui ne le savez pas…
Donner la vie est aussi coupable que l’ôter.
Une bêtise peut en réparer une autre.
C’est un bon exemple, à ne pas suivre.
La jonction crée l’orgasme.
Inutile de te chercher, tu ne vas rien trouver.
On apprend à écrire mal en lisant les ouvrages des autres.
Le pauvre homme se pend dans son grenier, le riche dans son salon.
Il est regrettable pour les vaches qu’elles soient si bonnes à manger.
Egoïste au point d’aimer mieux être malade qu’infirmier.
Liberté. n. f. (lat. libertas). Terme utilisé par les possédants pour inciter les pauvres à se laisser détrousser.
La vulve joyeuse.
La Belgique : une grosse farce faite par les Anglais aux Hollandais.
La solution d’un problème en est un autre.
S’il perçoit que son angoisse a cessé, l’anxieux commence à trembler.
*
« Mes Inscriptions sont une rivière de Californie, il faut tamiser des tonnes de sable et de gravier pour trouver quelques pépites, voire des paillettes. Remarquez, sable et gravier ne sont pas matières inutiles. » (Louis Scutenaire)
*
Une ultime, d’actualité : J’ai beau m’attendre au pire, ce qui arrive est toujours pire que je le pressentais. Serais-je optimiste ?
Je pense trop de mal des gens pour en médire.
Sa chair n’était pas pantelante mais je la pris tout de même.
Pendant qu’on l’égorgeait, elle criait d’une façon désagréable.
Je me suffis ; parfois il y en a même trop.
Je n’ai pas inventé la brouette mais de m’asseoir dessus plutôt que la pousser.
La démocratie consiste à faire voter les esclaves pour les valets du maître.
Militaires de tous les pays, unissez-vous.
Je pense, donc je fuis.
Leurs robes les portent.
Tous ces gens que je ne connais ni du cul ni de la tête…
Cet air traqué, buté, de la plupart des filles quand elles se sentent seules.
Se désintéresser passionnément de tout.
Il y a quelque chose : rien.
Ecrivez, écrivez, cela ne sert à rien.
L’existence des chrétiens prouve la non-existence de Dieu.
Mon privilège : ne pas m’identifier aux autres.
Regarder la réalité en farce.
Ne lisez pas les livres, ça les abîme.
Vous toutes que j’ai possédées et qui ne le savez pas…
Donner la vie est aussi coupable que l’ôter.
Une bêtise peut en réparer une autre.
C’est un bon exemple, à ne pas suivre.
La jonction crée l’orgasme.
Inutile de te chercher, tu ne vas rien trouver.
On apprend à écrire mal en lisant les ouvrages des autres.
Le pauvre homme se pend dans son grenier, le riche dans son salon.
Il est regrettable pour les vaches qu’elles soient si bonnes à manger.
Egoïste au point d’aimer mieux être malade qu’infirmier.
Liberté. n. f. (lat. libertas). Terme utilisé par les possédants pour inciter les pauvres à se laisser détrousser.
La vulve joyeuse.
La Belgique : une grosse farce faite par les Anglais aux Hollandais.
La solution d’un problème en est un autre.
S’il perçoit que son angoisse a cessé, l’anxieux commence à trembler.
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« Mes Inscriptions sont une rivière de Californie, il faut tamiser des tonnes de sable et de gravier pour trouver quelques pépites, voire des paillettes. Remarquez, sable et gravier ne sont pas matières inutiles. » (Louis Scutenaire)
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Une ultime, d’actualité : J’ai beau m’attendre au pire, ce qui arrive est toujours pire que je le pressentais. Serais-je optimiste ?
19 janvier 2015
Après un mois et demi sans mettre le pied, l’œil et l’oreille à l’Opéra de Rouen, j’y suis de retour ce dimanche à seize heures en dé deux à l’orchestre pour La Cenerentola de Gioacchino Rossini. Ainsi situé près de la scène j’ai du mal à lire le surtitrage. Heureusement, je connais l’histoire, même si Charles Perrault est revisité.
C’est une agréable après-midi récréative, l’occasion d’oublier pendant plus de deux heures l’actualité pesante grâce à la bonne musique dirigée par Antonino Fogliani, la bonne mise en scène de Sandrine Anglade et la bonne distribution (même si à l’entracte il s’en trouve un pour se plaindre du ténor).
Pour ma part, je suis content de trouver dans le rôle d’une des méchantes sœurs, la malicieuse Jenny Daviet. Je serais Prince que je modifierais la fin de l’histoire, mais là non, le Prince épouse comme il se doit la vertueuse Cendrillon avec qui il travaillera à la reproduction de l’espèce.
*
Début de roman à suspense entendu dans la rue : « Ne voyant pas venir l’autorisation, je vais voir le chef de service… »
*
Conseil, que je ne suivrai pas, de la dame de la table d’à côté au Socrate :
-Trois jours de jeûne pur puis trois jours de mono diète aux petits légumes à chaque changement de saison. On sent que le corps se libère des toxines.
*
Dans un café parisien, mercredi dernier :
-Des films historiques qui se passent souvent à Rome avec des chars et des soldats, ça s’appelle comment ?
-Gospel ?
C’est une agréable après-midi récréative, l’occasion d’oublier pendant plus de deux heures l’actualité pesante grâce à la bonne musique dirigée par Antonino Fogliani, la bonne mise en scène de Sandrine Anglade et la bonne distribution (même si à l’entracte il s’en trouve un pour se plaindre du ténor).
Pour ma part, je suis content de trouver dans le rôle d’une des méchantes sœurs, la malicieuse Jenny Daviet. Je serais Prince que je modifierais la fin de l’histoire, mais là non, le Prince épouse comme il se doit la vertueuse Cendrillon avec qui il travaillera à la reproduction de l’espèce.
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Début de roman à suspense entendu dans la rue : « Ne voyant pas venir l’autorisation, je vais voir le chef de service… »
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Conseil, que je ne suivrai pas, de la dame de la table d’à côté au Socrate :
-Trois jours de jeûne pur puis trois jours de mono diète aux petits légumes à chaque changement de saison. On sent que le corps se libère des toxines.
*
Dans un café parisien, mercredi dernier :
-Des films historiques qui se passent souvent à Rome avec des chars et des soldats, ça s’appelle comment ?
-Gospel ?
17 janvier 2015
M’étant mis dans la tête que la galerie 12.3 se tenait rue des Bons-Enfants je la cherche en vain, passant trois fois devant les militaires lourdement armés qui ont rejoint les policiers devant la synagogue (Une femme : « Bon courage, merci d’être là ». Un soldat : « Il n’y a pas de quoi. »). J’entre dans la galerie Racaille. Via Internet, son aimable responsable me remet sur le bon chemin : « Rue Beauvoisine ».
Au numéro cent vingt-trois de cette rue, derrière un échafaudage, se tient la petite galerie où l’on vernit ce vendredi soir l’exposition du photographe Vincent Verhaeren en sa présence. Preneur de son pendant trente-trois ans à la Radio Télévision Belge Francophone, et à ce titre présent sur tous les lieux de la planète où il se passait quelque chose d’important, Vincent Verhaeren avait avec lui un appareil photo qu'il ne gardait pas dans sa poche. A cela s’ajoutent les photos prises lors des voyages personnels. Il en résulte une collection impressionnante d’images en noir et blanc. Elles montrent essentiellement des désastres (guerres, insurrections, famines, coups d’Etat, etc.) et quelques moments heureux (révolution des œillets au Portugal). Leur intérêt n’est pas seulement documentaire mais aussi esthétique.
Comme nous ne sommes pas nombreux, il est aisé de discuter avec Vincent Verhaeren qui précise à l’un que ses photos sont en vente cent cinquante euros sans le cadre mais que ce n’est pas ça qui l’intéresse, c’est d’éveiller les consciences. Il ne se fait cependant pas d’illusions, constatant que dans presque tous les pays où il est passé la situation est encore pire aujourd’hui (hormis certains en Amérique Latine).
Il préfère le noir et blanc à la couleur parce qu’il va à l’essentiel et la photo au film parce qu’elle permet d’imaginer. Il raconte sa première exposition en quatre-vingt-sept au Musée de la Photographie de Charleroi qui dut être prolongée de six semaines en raison de son succès : « Tiens, je suis un photographe. », me suis-je dit.»
Je lui demande s’il est de la famille d’Emile. C’est possible mais rien n’est certain car les archives d’une maison communale ont brûlé. Il m’explique qu’actuellement ce n’est pas facile pour le poète en Belgique car les Flamands lui reprochent d’avoir écrit en français et les Wallons lui reprochent d’être un Flamand. Un jour, dans une manifestation officielle, il a vu une liste d’écrivains belges de langue française où le nom de Verhaeren n’était pas.
Je prends un verre de vin rouge, refais le tour des photos. Ma préférée montre une famille libanaise sur son balcon, souriante, saluant de la main en direction du photographe, le témoignage d’un moment de bonheur. Les murs de l’immeuble sont criblés de trous faits par des balles.
-Parlez-en autour de vous, me dit Vincent Verhaeren lorsque je pars. Voilà qui est fait.
*
Rouen, ce vendredi matin, sur la porte du marchand de journaux de la rue Beauvoisine : « Charlie est épuisé ». Il y a de quoi et il n’est pas le seul.
Au numéro cent vingt-trois de cette rue, derrière un échafaudage, se tient la petite galerie où l’on vernit ce vendredi soir l’exposition du photographe Vincent Verhaeren en sa présence. Preneur de son pendant trente-trois ans à la Radio Télévision Belge Francophone, et à ce titre présent sur tous les lieux de la planète où il se passait quelque chose d’important, Vincent Verhaeren avait avec lui un appareil photo qu'il ne gardait pas dans sa poche. A cela s’ajoutent les photos prises lors des voyages personnels. Il en résulte une collection impressionnante d’images en noir et blanc. Elles montrent essentiellement des désastres (guerres, insurrections, famines, coups d’Etat, etc.) et quelques moments heureux (révolution des œillets au Portugal). Leur intérêt n’est pas seulement documentaire mais aussi esthétique.
Comme nous ne sommes pas nombreux, il est aisé de discuter avec Vincent Verhaeren qui précise à l’un que ses photos sont en vente cent cinquante euros sans le cadre mais que ce n’est pas ça qui l’intéresse, c’est d’éveiller les consciences. Il ne se fait cependant pas d’illusions, constatant que dans presque tous les pays où il est passé la situation est encore pire aujourd’hui (hormis certains en Amérique Latine).
Il préfère le noir et blanc à la couleur parce qu’il va à l’essentiel et la photo au film parce qu’elle permet d’imaginer. Il raconte sa première exposition en quatre-vingt-sept au Musée de la Photographie de Charleroi qui dut être prolongée de six semaines en raison de son succès : « Tiens, je suis un photographe. », me suis-je dit.»
Je lui demande s’il est de la famille d’Emile. C’est possible mais rien n’est certain car les archives d’une maison communale ont brûlé. Il m’explique qu’actuellement ce n’est pas facile pour le poète en Belgique car les Flamands lui reprochent d’avoir écrit en français et les Wallons lui reprochent d’être un Flamand. Un jour, dans une manifestation officielle, il a vu une liste d’écrivains belges de langue française où le nom de Verhaeren n’était pas.
Je prends un verre de vin rouge, refais le tour des photos. Ma préférée montre une famille libanaise sur son balcon, souriante, saluant de la main en direction du photographe, le témoignage d’un moment de bonheur. Les murs de l’immeuble sont criblés de trous faits par des balles.
-Parlez-en autour de vous, me dit Vincent Verhaeren lorsque je pars. Voilà qui est fait.
*
Rouen, ce vendredi matin, sur la porte du marchand de journaux de la rue Beauvoisine : « Charlie est épuisé ». Il y a de quoi et il n’est pas le seul.
16 janvier 2015
D’aucuns s’étonnaient que je ne sois pas fâché avec le Rouennais Jean-Emmanuel Dubois (dit Deluxe). Il est fâché avec tout le monde, me disait-on.
C’est que je n’en avais pas encore eu l’occasion. Elle est venue avec ce que j’ai écrit du concert organisé par lui des Dowling Poole au Verre à Soi en décembre dernier. Je n’avais pourtant pas parlé de la photo où il figurait avec un bonnet de Noël dans Paris Normandie afin de promouvoir le disque desdits, mais que j’ironise sur ceux qui sont tombés dans une faille temporelle musicale et n’en sortent jamais plus lui a disconvenu. Je ne pensais pas à lui en premier, cependant il s’est senti précisément visé et en a profité pour me dire le fond de sa pensée :
« Je ne comprends pas ton ton systématiquement dépressif dans cet article ainsi que cet attachement aux détails sans intérêt ou aux considérations personnelles anecdotiques. Pour tout te dire ça me gonfle un peu. Voilà- »
Il n’avait pas de temps à perdre à entretenir une polémique, concluait-il. Je lui ai répondu que moi non plus, ne relevant même pas le fait que je n’écris pas d’articles.
Ne voilà-t-il pas que le sept janvier dernier, sur le réseau social Effe Bé, il s’approprie d’un habile copié collé l’extrait de la lettre de Gustave Flaubert à Ernest Chevalier dans laquelle l’écrivain vilipende Rouen et ses habitants, que j’ai cité dans mon Journal, texte que je n’ai pas trouvé en ligne (comme on disait) mais à l’occasion de ma lecture sur papier de la correspondance de Gustave.
« Tiens, tu lis donc encore mon Journal ? Il n’aurait pas été malvenu de citer ta source. », lui dis-je en commentaire.
Il le censure. Je lui fais état de son incorrection. Il m’envoie alors, via la messagerie instantanée, une giclée d’invectives ornées de fautes de frappe :
« certe je lit ton Blog » « mais c'est surtoout pouse ses vertues comiques » « de lire la vie depressive et chiante » « d'un prof a la retraite (rien que ça) » « D'un cretin qui nous raconte ce qu'il a bouffe a midi » « ou ce que lesploucs rouennais on pu dire » « bref » « Bon tu m'excusera mais je te banni ».
Et illico me radie.
*
J’avais pourtant une bonne opinion de lui, le trouvant courageux, lui ancien élève des Beaux-Arts de Rouen, d’avoir choisi une voie personnelle plutôt incertaine dans l’écriture d’articles et d’ouvrages relatifs à la chansonnette des sixties et dans l’édition de disques via son label Martyrs of Pop, sans occupation alimentaire parallèle. Lorsque je l’évoquais dans ce Journal, je l’appelais l’ami Deluxe.
*
Son insulte suprême : « prof à la retraite ». Déjà en octobre dernier, un artiste peintre vexé me traitait d’ « ancien instituteur ».
C’est que je n’en avais pas encore eu l’occasion. Elle est venue avec ce que j’ai écrit du concert organisé par lui des Dowling Poole au Verre à Soi en décembre dernier. Je n’avais pourtant pas parlé de la photo où il figurait avec un bonnet de Noël dans Paris Normandie afin de promouvoir le disque desdits, mais que j’ironise sur ceux qui sont tombés dans une faille temporelle musicale et n’en sortent jamais plus lui a disconvenu. Je ne pensais pas à lui en premier, cependant il s’est senti précisément visé et en a profité pour me dire le fond de sa pensée :
« Je ne comprends pas ton ton systématiquement dépressif dans cet article ainsi que cet attachement aux détails sans intérêt ou aux considérations personnelles anecdotiques. Pour tout te dire ça me gonfle un peu. Voilà- »
Il n’avait pas de temps à perdre à entretenir une polémique, concluait-il. Je lui ai répondu que moi non plus, ne relevant même pas le fait que je n’écris pas d’articles.
Ne voilà-t-il pas que le sept janvier dernier, sur le réseau social Effe Bé, il s’approprie d’un habile copié collé l’extrait de la lettre de Gustave Flaubert à Ernest Chevalier dans laquelle l’écrivain vilipende Rouen et ses habitants, que j’ai cité dans mon Journal, texte que je n’ai pas trouvé en ligne (comme on disait) mais à l’occasion de ma lecture sur papier de la correspondance de Gustave.
« Tiens, tu lis donc encore mon Journal ? Il n’aurait pas été malvenu de citer ta source. », lui dis-je en commentaire.
Il le censure. Je lui fais état de son incorrection. Il m’envoie alors, via la messagerie instantanée, une giclée d’invectives ornées de fautes de frappe :
« certe je lit ton Blog » « mais c'est surtoout pouse ses vertues comiques » « de lire la vie depressive et chiante » « d'un prof a la retraite (rien que ça) » « D'un cretin qui nous raconte ce qu'il a bouffe a midi » « ou ce que lesploucs rouennais on pu dire » « bref » « Bon tu m'excusera mais je te banni ».
Et illico me radie.
*
J’avais pourtant une bonne opinion de lui, le trouvant courageux, lui ancien élève des Beaux-Arts de Rouen, d’avoir choisi une voie personnelle plutôt incertaine dans l’écriture d’articles et d’ouvrages relatifs à la chansonnette des sixties et dans l’édition de disques via son label Martyrs of Pop, sans occupation alimentaire parallèle. Lorsque je l’évoquais dans ce Journal, je l’appelais l’ami Deluxe.
*
Son insulte suprême : « prof à la retraite ». Déjà en octobre dernier, un artiste peintre vexé me traitait d’ « ancien instituteur ».
15 janvier 2015
« Epuisé. Votre marchand de journaux s’engage à réapprovisionner pendant 8 semaines. Aucune réservation. » lis-je à sept heures et quart en chemin vers Paris sur la porte du Drugstore au carrefour de la Crosse. Comprendre : « Tu ne trouveras nulle part le Charlie Hebdo des survivant(e)s». Je me désintéresse donc de l’affaire et vais directement à la gare où Rouen Givrée fait publicité pour son marché de Noël via les panneaux lumineux (nous sommes le quatorze janvier, le marché est terminé depuis dix jours).
Bizarre train que celui qui m’emmène à la capitale, un modèle graffité à remplissage maximal avec uniquement des sièges face à face, mal chauffé, à l’éclairage défectueux, aux toilettes introuvables. J’y lis les Dernières Lettres de Walter Benjamin (Rivages Poche). L’obsession de Benjamin, très malade, pourchassé par les nazis : continuer son étude sur Baudelaire.
A Saint-Lazare, un piquet de grève tenu par les dames pipi interdit d’entrer dans les toilettes. C’est le moment de retenir son envie. Je satisfais la mienne au Café du Faubourg à Ledru-Rollin puis y lis Libération au comptoir.
Après un passage chez Book-Off, je rejoins Châtelet à pied, frôlant l’endroit où tout a commencé mercredi dernier. Une averse me fait entrer chez New New où je déjeune près d’un couple qui vit dans Le Parisien et que je me mets vite à détester, signe que je vais mieux.
Le soleil apparu, j’entre au Centre Pompidou après un contrôle un peu plus poussé que d’habitude mais sans doute insuffisant (on me croit sur parole quand je dis que dans le sac noir ce sont des livres). Ce n’est plus la cohue des vacances. J’y revois l’étage contemporain, m’attardant devant O’Black (Atelier clandestin) de Malachi Farrell, artiste irlandais vivant en France : un sol jonché de vêtements, des machines à coudre qui deviennent folles dans une ambiance de tremblement de terre, sorte de Tingely dingue à lumière aveuglante et bande son assourdissante.
Un bus me conduit du côté de l’Opéra en fin d’après-midi où je bookoffie à loisir puis j’attends le train du retour Chez Léon. J'y apprends qu’en certains endroits on s’est battu physiquement pour avoir un Charlie Hebdo.
Durant cette journée parisienne, alors que tous les numéros ont été vendus en quelques minutes, je n’ai vu personne le lire, que ce soit dans les transports en commun ou dans les cafés. A croire que ceux qui l’ont se cachent pour cela, comme ils le feraient avec un magazine porno, à moins qu’ils aient peur de se le faire piquer.
*
Deux femmes dans le Marais.
La première : « Elle m’a dit qu’elle attendait que ses enfants aient terminé leurs études et puis elle partira en Israël parce qu’elle ne se sent pas en sécurité. »
La deuxième : « On n’est en sécurité nulle part. »
*
Parmi les livres rapportés : Les Saigneurs de la guerre (Brève histoire de la guerre et de ceux qui la font) de Jean Bacon (Phébus), dessin de couverture de Cabu.
*
L’envie de faire ce que certains veulent interdire, j’ai toujours été comme ça, ce qui motivait mon besoin d’acheter Charlie Hebdo, un besoin que les vandales du petit matin ont fait passer.
Bizarre train que celui qui m’emmène à la capitale, un modèle graffité à remplissage maximal avec uniquement des sièges face à face, mal chauffé, à l’éclairage défectueux, aux toilettes introuvables. J’y lis les Dernières Lettres de Walter Benjamin (Rivages Poche). L’obsession de Benjamin, très malade, pourchassé par les nazis : continuer son étude sur Baudelaire.
A Saint-Lazare, un piquet de grève tenu par les dames pipi interdit d’entrer dans les toilettes. C’est le moment de retenir son envie. Je satisfais la mienne au Café du Faubourg à Ledru-Rollin puis y lis Libération au comptoir.
Après un passage chez Book-Off, je rejoins Châtelet à pied, frôlant l’endroit où tout a commencé mercredi dernier. Une averse me fait entrer chez New New où je déjeune près d’un couple qui vit dans Le Parisien et que je me mets vite à détester, signe que je vais mieux.
Le soleil apparu, j’entre au Centre Pompidou après un contrôle un peu plus poussé que d’habitude mais sans doute insuffisant (on me croit sur parole quand je dis que dans le sac noir ce sont des livres). Ce n’est plus la cohue des vacances. J’y revois l’étage contemporain, m’attardant devant O’Black (Atelier clandestin) de Malachi Farrell, artiste irlandais vivant en France : un sol jonché de vêtements, des machines à coudre qui deviennent folles dans une ambiance de tremblement de terre, sorte de Tingely dingue à lumière aveuglante et bande son assourdissante.
Un bus me conduit du côté de l’Opéra en fin d’après-midi où je bookoffie à loisir puis j’attends le train du retour Chez Léon. J'y apprends qu’en certains endroits on s’est battu physiquement pour avoir un Charlie Hebdo.
Durant cette journée parisienne, alors que tous les numéros ont été vendus en quelques minutes, je n’ai vu personne le lire, que ce soit dans les transports en commun ou dans les cafés. A croire que ceux qui l’ont se cachent pour cela, comme ils le feraient avec un magazine porno, à moins qu’ils aient peur de se le faire piquer.
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Deux femmes dans le Marais.
La première : « Elle m’a dit qu’elle attendait que ses enfants aient terminé leurs études et puis elle partira en Israël parce qu’elle ne se sent pas en sécurité. »
La deuxième : « On n’est en sécurité nulle part. »
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Parmi les livres rapportés : Les Saigneurs de la guerre (Brève histoire de la guerre et de ceux qui la font) de Jean Bacon (Phébus), dessin de couverture de Cabu.
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L’envie de faire ce que certains veulent interdire, j’ai toujours été comme ça, ce qui motivait mon besoin d’acheter Charlie Hebdo, un besoin que les vandales du petit matin ont fait passer.
13 janvier 2015
Comme une nouvelle habitude, pas prête de s’arrêter j’espère, le mardi en début d’après-midi, c’est au Guidoline Café que j’en bois un et écris la suite.
A six heures et demie ce matin sur France Cul, Mano Solo et Cabu (fils et père qui ne s’entendaient guère) chantaient ensemble La Java du Diable de Charles Trenet. Cabu aurait eu soixante-dix-sept ans aujourd’hui si les deux frères salopards à cerveau de pois chiche ne l’avaient pas descendu.
Sur le site du journal Libération, qui a donné accueil aux rescapés, la couverture du numéro de demain de Charlie Hebdo « journal irresponsable ». Sur un fond à la couleur de l’islam, on y voit Mahomet brandir son Je suis Charlie et pardonner, un privilège de religieux (le pardon n’est pas affaire de mécréant, de même que le blasphème et combien ça m’énerve d’entendre certains n’ayant pas de religion revendiquer le droit au blasphème).
Cette une me déçoit jusqu’à ce que je la regarde mieux et découvre ce qui se cache dans le dessin de Luz. Tiré à trois millions d’exemplaires et en seize langues, ce numéro risque de s’arracher. Certains lecteurs fidèles voient en ces futurs nouveaux acheteurs des résistants de la dernière heure. Il me semble pourtant que la résistance cela commence lorsque la guerre est déclarée, quand il y a des morts. En France, cette guerre à la pensée libre ou à la libre pensée a commencé mercredi dernier.
Demain je serai de retour à Paris, dans le quartier de la Bastille. Avant toute chose, acheter Charlie Hebdo, avec en couverture le prophète à tête de nœud.
A six heures et demie ce matin sur France Cul, Mano Solo et Cabu (fils et père qui ne s’entendaient guère) chantaient ensemble La Java du Diable de Charles Trenet. Cabu aurait eu soixante-dix-sept ans aujourd’hui si les deux frères salopards à cerveau de pois chiche ne l’avaient pas descendu.
Sur le site du journal Libération, qui a donné accueil aux rescapés, la couverture du numéro de demain de Charlie Hebdo « journal irresponsable ». Sur un fond à la couleur de l’islam, on y voit Mahomet brandir son Je suis Charlie et pardonner, un privilège de religieux (le pardon n’est pas affaire de mécréant, de même que le blasphème et combien ça m’énerve d’entendre certains n’ayant pas de religion revendiquer le droit au blasphème).
Cette une me déçoit jusqu’à ce que je la regarde mieux et découvre ce qui se cache dans le dessin de Luz. Tiré à trois millions d’exemplaires et en seize langues, ce numéro risque de s’arracher. Certains lecteurs fidèles voient en ces futurs nouveaux acheteurs des résistants de la dernière heure. Il me semble pourtant que la résistance cela commence lorsque la guerre est déclarée, quand il y a des morts. En France, cette guerre à la pensée libre ou à la libre pensée a commencé mercredi dernier.
Demain je serai de retour à Paris, dans le quartier de la Bastille. Avant toute chose, acheter Charlie Hebdo, avec en couverture le prophète à tête de nœud.
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