Dernières notes
Loïc Boyer
Je suis l’auteur de textes courts qui furent publiés depuis mil neuf cent quatre-vingt-quinze dans des revues littéraires en France (Supérieur Inconnu, Supplément d’Ame, Nouvelle Donne, Le Bord de l’Eau, Pris de Peur, l’Art du Bref, Sol’Air, Gros Textes, Salmigondis, Verso, Décharge, Bulle, Filigranes, Diérèse, Martobre, Comme ça et Autrement, (Cahier d’) Ecritures, La Nef des Fous), en Belgique (Traversées, Ecrits Vains, L’Arbre à Plumes, Inédit Nouveau, Bleu d’Encre), au Canada (Les Saisons Littéraires) et en Italie (Les Cahiers du Ru).
Les courageuses Editions du Chardon ont publié en mil neuf cent quatre-vingt-dix-neuf Erotica, un recueil de vingt-huit de ces textes, illustré par Isabelle Pio et Antoine Lopez et préfacé par Sarane Alexandrian, toujours disponible auprès de moi.
Je suis également l’auteur d’une pièce de théâtre et de plusieurs romans ou récits à ce jour inédits.
Depuis le onze novembre deux mille six, je publie mon Journal via Internet, un temps sous-titré Persiflages, moquages et autres énervages mâtinés de complimentages et de contentages. Sa première partie est lisible chez Eklablog, la deuxième ici.
Je vis au centre de Rouen dans un ancien monastère où autrefois les Sœurs de la Miséricorde se vouaient à l’éducation des jeunes filles.
Les courageuses Editions du Chardon ont publié en mil neuf cent quatre-vingt-dix-neuf Erotica, un recueil de vingt-huit de ces textes, illustré par Isabelle Pio et Antoine Lopez et préfacé par Sarane Alexandrian, toujours disponible auprès de moi.
Je suis également l’auteur d’une pièce de théâtre et de plusieurs romans ou récits à ce jour inédits.
Depuis le onze novembre deux mille six, je publie mon Journal via Internet, un temps sous-titré Persiflages, moquages et autres énervages mâtinés de complimentages et de contentages. Sa première partie est lisible chez Eklablog, la deuxième ici.
Je vis au centre de Rouen dans un ancien monastère où autrefois les Sœurs de la Miséricorde se vouaient à l’éducation des jeunes filles.
20 février 2026
Sorti déçu de ma lecture de la biographie d’Honoré de Balzac par Pierre Sipriot, peu d’éléments concrets sur la vie de l’écrivain et souvent tirés des lettres envoyées à Madame Hanska, du déjà lu donc, et trop d’analyses en longueur de ses écrits, ce qui n’apprend rien sur lui. Avant de la revendre au poids au Bibliovore, j’en sauve ce propos cité par Sipriot de Mlle de Dino, nièce de Talleyrand, dans sa Chronique de 1831 à 1862, en date du vingt-huit novembre mil huit cent trente-six :
M. de Balzac, qui est tourangeau, est venu dans la contrée pour y acheter une petite propriété. Il s’est fait amener ici par un de mes voisins. Malheureusement, il faisait un temps horrible, ce qui m’a obligé à le garder à dîner.
J’ai été polie mais très réservée. Je crains les publicistes, gens de lettres, faiseurs d’articles ; j’ai tourné ma langue sept fois dans ma bouche avant de proférer un mot, j’ai été ravie quand il est parti. Il est vulgaire de figure, de ton, et, je crois, de sentiments : sans doute, il a de l’esprit, mais il est sans verve ni facilité dans la conversation. Il y est même très lourd, il nous a tous examinés et observés de la manière la plus minutieuse. M. de Talleyrand surtout. Je me serais bien passée de cette visite et, si j’avais pu l’éviter, je l’aurais fait. Il vise à l’extraordinaire et raconte de lui-même mille choses auxquelles je ne crois nullement.
Autre lecture décevante : On vient chercher Monsieur Jean de Jean Tardieu, un choix hétéroclite de textes de l’écrivain. J’en sauve ce souvenir d’adolescence, il a quinze ans :
Cela concerne mon « initiation » par la soi-disant gouvernante (en fait la servante) d’un homme politique de petite envergure qui demeurait à l’étage au-dessous. Cette femme, une Méridionale d’une quarantaine d’années, plutôt courte et boulotte mais assez appétissante, avait préféré que notre première « expérience » eût lieu, à la sauvette, dans le fameux couloir qui donne sur le palier de l’ascenseur : nous pouvions, de la sorte, mieux surveiller une arrivée inopportune : celle du père, qui se signale si bien à l’avance, ou celle, plus discrète et plus furtive, de ma mère, par conséquent plus dangereuse…
M. de Balzac, qui est tourangeau, est venu dans la contrée pour y acheter une petite propriété. Il s’est fait amener ici par un de mes voisins. Malheureusement, il faisait un temps horrible, ce qui m’a obligé à le garder à dîner.
J’ai été polie mais très réservée. Je crains les publicistes, gens de lettres, faiseurs d’articles ; j’ai tourné ma langue sept fois dans ma bouche avant de proférer un mot, j’ai été ravie quand il est parti. Il est vulgaire de figure, de ton, et, je crois, de sentiments : sans doute, il a de l’esprit, mais il est sans verve ni facilité dans la conversation. Il y est même très lourd, il nous a tous examinés et observés de la manière la plus minutieuse. M. de Talleyrand surtout. Je me serais bien passée de cette visite et, si j’avais pu l’éviter, je l’aurais fait. Il vise à l’extraordinaire et raconte de lui-même mille choses auxquelles je ne crois nullement.
Autre lecture décevante : On vient chercher Monsieur Jean de Jean Tardieu, un choix hétéroclite de textes de l’écrivain. J’en sauve ce souvenir d’adolescence, il a quinze ans :
Cela concerne mon « initiation » par la soi-disant gouvernante (en fait la servante) d’un homme politique de petite envergure qui demeurait à l’étage au-dessous. Cette femme, une Méridionale d’une quarantaine d’années, plutôt courte et boulotte mais assez appétissante, avait préféré que notre première « expérience » eût lieu, à la sauvette, dans le fameux couloir qui donne sur le palier de l’ascenseur : nous pouvions, de la sorte, mieux surveiller une arrivée inopportune : celle du père, qui se signale si bien à l’avance, ou celle, plus discrète et plus furtive, de ma mère, par conséquent plus dangereuse…
19 février 2026
S’armer de courage et d’un parapluie pour rejoindre la Gare de Rouen en se disant qu’on aurait peut-être dû annuler, c’est encore un foutu jour de pluie et mon sort ce mercredi.
Dans la voiture Trois du sept heures vingt-six je bénéficie d’une place sans voisinage immédiat et de la compagnie d’Édith Thomas. Âgée de quarante-trois ans, celle qui fut l’amante de Dominique Aury narre dans Le Témoin compromis ses désillusions politiques. Je suis lasse des romans, des miens comme de ceux des autres. À quoi bon le truchement de personnages imaginaires lorsque l’on écrit que pour se donner à soi-même un peu de solidité et d’existence… Le jour est levé lorsque nous atteignons Porcheville. Sur l’autoroute, ça bouchonne tandis que nous filons sous le ciel gris.
Dans le métro Huit je suis hypnotisé par le mouvement des mains de la jeune crocheteuse qui me fait face. « Le parapluie ! », lui dis-je quand elle se lève à République. Elle allait l’oublier. « Merci beaucoup », me sourit-elle.
Une mouillasse m’accueille à la sortie Ledru Rollin. Pour s’abriter Le Camélia est là. « De la pluie, encore de la pluie, toujours de la pluie », se plaint la météo du Parisien. J’y lis les derniers développements de l’enquête sur la bagarre mortelle de Lyon. La victime présentée comme un gentil garçon par ses parents bien que fleurtant avec les néonazis. Les agresseurs présentés comme de braves garçons par leurs amis alors qu’ils sont aussi violents que ceux d’en face. Une histoire de couillus qui aiment se battre contre d’autres couillus. Aucune Féministe pour analyser ça.
Trop de monde au Book-Off d’à côté et pas assez de livres à un euro pour moi, seulement La première main de Rosetta Loy (Mercure de France) et Femmes de Paris, femmes de lettres et autres portraits inédits d’Irène Némirovsky (Denoël).
Dans le métro Un qui me conduit à Saint-Opportune, un sexagénaire à cheveux blancs fait les mots croisés de La Croix (Personnage imaginaire, en quatre lettres : Dieu). Au mur des stations, une publicité « Pays Catalan Pyrénées-Orientales » retient mon attention.
Chez Au Diable des Lombards j’adapte mon choix au temps qu’il fait : soupe à l’oignon gratinée et bourguignon légumes vapeur. Sur l’écran muet, des images de la France inondée, un bel exemple de productivisme punitif.
Au Book-Off de Saint-Martin, Fip est de retour et suffisamment de livres à un euro sont dans mon panier quand je remonte au rez-de-chaussée : Michel-Ange face aux murs d’Armand Farrachi (L’un et l’autre Gallimard), Octobre de Christopher Isherwood (Rivages), Le Caillou mort d’amour de Charles Cros (Petite Bibliothèque Ombres), Écrits français de Walter Benjamin et Analyser la situation de Pierre Autin-Grenier (Finitude). J’y ajoute, au rayon Art à deux euros, Journal de la Guerre 1914-1918 de l’Enfant Yves Congar, futur cardinal (Cerf).
La mouillasse persiste quand je rejoins L’Opportun où une seule table est libre. Des vacanciers occupent les autres, mangeant encore à quatorze heures trente. Un couple de quinquagénaires de Mont-Saint-Aignan à ma droite. Un trio italien composé de deux branlotins boutonneux et de leur mère à ma gauche. Mon café bu, je retrouve Edith Thomas. Elle m’ennuie avec ses histoires de la Résistance. « Rendez-nous Jésus », est-il écrit sur la porte des toilettes. Je quitte ce café sous une pluie battante.
Le haut des cheminées de Porcheville est dans la brume quand le seize heures quarante ralentit pour se laisser dépasser par un train de banlieue. La Seine n’en est pas encore à déborder. Ça va finir par arriver.
De la pluie, encore de la pluie, toujours de la pluie à Rouen. Je me serre contre d’autres sous l’abribus en attendant un Effe Sept ou un Onze.
Dans la voiture Trois du sept heures vingt-six je bénéficie d’une place sans voisinage immédiat et de la compagnie d’Édith Thomas. Âgée de quarante-trois ans, celle qui fut l’amante de Dominique Aury narre dans Le Témoin compromis ses désillusions politiques. Je suis lasse des romans, des miens comme de ceux des autres. À quoi bon le truchement de personnages imaginaires lorsque l’on écrit que pour se donner à soi-même un peu de solidité et d’existence… Le jour est levé lorsque nous atteignons Porcheville. Sur l’autoroute, ça bouchonne tandis que nous filons sous le ciel gris.
Dans le métro Huit je suis hypnotisé par le mouvement des mains de la jeune crocheteuse qui me fait face. « Le parapluie ! », lui dis-je quand elle se lève à République. Elle allait l’oublier. « Merci beaucoup », me sourit-elle.
Une mouillasse m’accueille à la sortie Ledru Rollin. Pour s’abriter Le Camélia est là. « De la pluie, encore de la pluie, toujours de la pluie », se plaint la météo du Parisien. J’y lis les derniers développements de l’enquête sur la bagarre mortelle de Lyon. La victime présentée comme un gentil garçon par ses parents bien que fleurtant avec les néonazis. Les agresseurs présentés comme de braves garçons par leurs amis alors qu’ils sont aussi violents que ceux d’en face. Une histoire de couillus qui aiment se battre contre d’autres couillus. Aucune Féministe pour analyser ça.
Trop de monde au Book-Off d’à côté et pas assez de livres à un euro pour moi, seulement La première main de Rosetta Loy (Mercure de France) et Femmes de Paris, femmes de lettres et autres portraits inédits d’Irène Némirovsky (Denoël).
Dans le métro Un qui me conduit à Saint-Opportune, un sexagénaire à cheveux blancs fait les mots croisés de La Croix (Personnage imaginaire, en quatre lettres : Dieu). Au mur des stations, une publicité « Pays Catalan Pyrénées-Orientales » retient mon attention.
Chez Au Diable des Lombards j’adapte mon choix au temps qu’il fait : soupe à l’oignon gratinée et bourguignon légumes vapeur. Sur l’écran muet, des images de la France inondée, un bel exemple de productivisme punitif.
Au Book-Off de Saint-Martin, Fip est de retour et suffisamment de livres à un euro sont dans mon panier quand je remonte au rez-de-chaussée : Michel-Ange face aux murs d’Armand Farrachi (L’un et l’autre Gallimard), Octobre de Christopher Isherwood (Rivages), Le Caillou mort d’amour de Charles Cros (Petite Bibliothèque Ombres), Écrits français de Walter Benjamin et Analyser la situation de Pierre Autin-Grenier (Finitude). J’y ajoute, au rayon Art à deux euros, Journal de la Guerre 1914-1918 de l’Enfant Yves Congar, futur cardinal (Cerf).
La mouillasse persiste quand je rejoins L’Opportun où une seule table est libre. Des vacanciers occupent les autres, mangeant encore à quatorze heures trente. Un couple de quinquagénaires de Mont-Saint-Aignan à ma droite. Un trio italien composé de deux branlotins boutonneux et de leur mère à ma gauche. Mon café bu, je retrouve Edith Thomas. Elle m’ennuie avec ses histoires de la Résistance. « Rendez-nous Jésus », est-il écrit sur la porte des toilettes. Je quitte ce café sous une pluie battante.
Le haut des cheminées de Porcheville est dans la brume quand le seize heures quarante ralentit pour se laisser dépasser par un train de banlieue. La Seine n’en est pas encore à déborder. Ça va finir par arriver.
De la pluie, encore de la pluie, toujours de la pluie à Rouen. Je me serre contre d’autres sous l’abribus en attendant un Effe Sept ou un Onze.
17 février 2026
Tourmenté le temps de ce lundi, des averses de grésil, des éclaircies, des coups de vent. On pourrait se croire en mars, au temps des giboulées, mais non, nous sommes le seize février. C’est le jour de mon anniversaire, celui des trois quarts de siècle.
Soixante-quinze ans, un point de bascule, dès demain je serai plus près des quatre-vingts que des soixante-dix. Ce sera le Nouvel An lunaire, l’année du Cheval de feu. Ma nouvelle année est donc sous un signe que spontanément j’associe au dynamisme et à la passion.
« Profite au mieux de ce temps précieux qui te permet encore d'être autonome et de voyager », m’écrit celle qui me tenait la main il y a un quart de siècle, la première à me souhaiter un bon anniversaire.
*
La citation du jour : C’est naître qu’il aurait pas fallu. (Louis-Ferdinand Céline Mort à crédit)
Soixante-quinze ans, un point de bascule, dès demain je serai plus près des quatre-vingts que des soixante-dix. Ce sera le Nouvel An lunaire, l’année du Cheval de feu. Ma nouvelle année est donc sous un signe que spontanément j’associe au dynamisme et à la passion.
« Profite au mieux de ce temps précieux qui te permet encore d'être autonome et de voyager », m’écrit celle qui me tenait la main il y a un quart de siècle, la première à me souhaiter un bon anniversaire.
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La citation du jour : C’est naître qu’il aurait pas fallu. (Louis-Ferdinand Céline Mort à crédit)
16 février 2026
Après une journée de pluie et avant une nouvelle précipitation, je saisis, ce samedi, l’occasion d’un semblant de soleil pour faire une photo des premières rares fleurs du jardin, des jonquilles qui ne dureront pas. Dommage qu’il soit trop tôt pour que je puisse en bénéficier depuis le banc.
Le soleil est toujours là quand je lis au Rocher de Cancale. C’est peut-être la dernière fois que je vois Martine, la patronne. « Bientôt la quille ! », lui dit un habitué. « Si tout va bien, c’est pour vendredi. Dernière ligne droite. » Son départ était annoncé pour ce dimanche. Il est déjà repoussé de quelques jours. Il n’est donc pas impossible qu’elle soit encore là dimanche prochain. En attendant, elle distille quelques formules dont elle a le secret. Comme celle-ci : « On est sali par la boue et rincé par le purin. » Peu dans la clientèle évoquent la fête du jour, la Saint-Valentin, faute de présent et par crainte du futur : « Quand on se recase à nos âges, faut se méfier. »
*
Rue Saint-Romain, un jeune homme au téléphone : « Hier, j’ai fait huit commandes sur Amazon à cause du stress. Que des conneries. Et là, il me reste que trois cents euros sur mon compte au milieu du mois. »
*
Une tempête Nils à laquelle la Normandie a échappé, et dont le nom a dû peiner celle qui ne m’écrit plus.
Le soleil est toujours là quand je lis au Rocher de Cancale. C’est peut-être la dernière fois que je vois Martine, la patronne. « Bientôt la quille ! », lui dit un habitué. « Si tout va bien, c’est pour vendredi. Dernière ligne droite. » Son départ était annoncé pour ce dimanche. Il est déjà repoussé de quelques jours. Il n’est donc pas impossible qu’elle soit encore là dimanche prochain. En attendant, elle distille quelques formules dont elle a le secret. Comme celle-ci : « On est sali par la boue et rincé par le purin. » Peu dans la clientèle évoquent la fête du jour, la Saint-Valentin, faute de présent et par crainte du futur : « Quand on se recase à nos âges, faut se méfier. »
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Rue Saint-Romain, un jeune homme au téléphone : « Hier, j’ai fait huit commandes sur Amazon à cause du stress. Que des conneries. Et là, il me reste que trois cents euros sur mon compte au milieu du mois. »
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Une tempête Nils à laquelle la Normandie a échappé, et dont le nom a dû peiner celle qui ne m’écrit plus.
12 février 2026
Après une succession de draches nocturnes, une pluie résiduelle me conduit ce mercredi à prendre le bus Effe Sept pour rejoindre la Gare de Rouen et son sept heures vingt-six terminus Paris. Dans la voiture Trois, j’ai pour voisin un jeune homme endormi et comme lecture La Reine du silence de Marie Nimier, candidate sur la liste « sans étiquette » de Marc-Antoine Jamet aux Municipales de Val-de-Reuil. Un livre qui commence ainsi : Mon père a trouvé la mort un vendredi soir, il avait 36 ans. Son Aston Martin DB 4 s’est écrasée contre le parapet du pont qui enjambe le carrefour des routes nationales 307 et 311, à quelques kilomètres de Paris. Un livre qu’elle a écrit quand elle tentait d’obtenir son permis de conduire devenu nécessaire depuis son installation en Normandie.
À l’arrivée dans la capitale, je choisis de rester à l’abri en prenant les métros Quatorze et Huit. Remonté en surface à Ledru Rollin, je trouve le Camélia fermé et devant son rideau métallique l’un des fils de la maison et deux potentiels clients. « On attend la clé », me dit le premier. L’autre fils a oublié de se réveiller. Il est actuellement dans le métro à Bastille.
Comme un semblant d’éclaircie est d’actualité je vais au Marché d’Aligre. Chez Émile, encore de la nippe. Chez Amine, toujours les mêmes livres.
Le Camélia ouvert, je m’installe à une table pour le café puis retrouve Marie Nimier racontant son écrivain de père, homme alcoolique et violent. J’apprends que j’aurais pu aller sur sa tombe à Saint-Brieuc cet automne. Personne ne nous a jamais proposé d’aller sur la tombe de notre père quand nous étions enfants. Nous passions pourtant nos vacances d’été dans la région. Nous descendions du train à Saint-Brieuc, puis nous prenions l’autocar jusqu’à Saint-Quay-Portrieux. Une femme au casque de spéléologue vient relever le compteur d’eau de l’immeuble qui bizarrement se trouve dans la cave du bar où l’on accède par une trappe derrière le comptoir. Il y a une rivière qui coule sous l’Opéra Garnier, apprends-je de la conversation des habitués qui sont dans le bâtiment.
À onze heures, je suis devant le café Tonton Lulu où j’ai rendez-vous avec un jeune homme qui m’a acheté deux livres épais pour huit euros. Deux minutes après arrive mon acheteur. Il me donne un billet de dix. « Je dois avoir deux euros », lui dis-je. « Ce n’est pas la peine, ce n’est pas cher. » Je le remercie et lui souhaite une bonne lecture.
Chez Book-Off je ne cesse d’être gêné par une mollassonne. Énervé, je ressors de là avec seulement deux livres à un euro : Quelques Historiettes ou petit éloge de l’anecdote en littérature de Jacques Bonnet (Denoël) et Munkey Diaries de Jane Birkin (Fayard), le premier volume de son journal, j’ai aimé le second on ne peut plus impudique.
Il pleut encore un peu quand je descends dans le métro. J’apprends que la ligne Huit est à l’arrêt à cause d’un bagage oublié. Demi-tour. Le prochain bus Soixante-Seize est dans dix-sept minutes. Pas d’abribus. Je traverse la rue et entre au Rallye. Longtemps que je n’ai pas déjeuné dans ce Péhemmu chinois. Je choisis le hareng pommes à l’huile et l’andouillette pommes sautées. Une de mes voisines parle de sa fille adolescente qui ne sort plus de sa chambre même pour manger. « Là, il faut commencer à s’inquiéter », lui dit l’autre.
Sorti, je retraverse et, miracle, un bus Soixante-Seize est annoncé dans cinq minutes. J’en descends à l’arrêt Hôtel de Ville d’où je rejoins le sous-sol du Book-Off de Saint-Martin. Las, on y entend encore cette foutue radio Chérie avec ses publicités crétinisantes pour les supermarchés et la Saint-Valentin « Il faut marquer le coup ». Point de livres à un euro pour moi mais le Routard Bretagne Sud deux mille vingt-deux deux mille vingt-trois à quatre euros que je ne laisse pas passer. Au rez-de-chaussée, dans le rayon Art des Beaux Livres à deux euros, je prélève Massacres d’André Masson (Skira Seuil). En payant, je me plains à l’employé de la radio affligeante. « On a voulu changer, me dit-il, on remettra Fip demain. »
Il ne pleut plus quand je rejoins L’Opportun. J’y termine La Reine du silence (le surnom que son père lui donnait) de Marie Nimier, son histoire à travers celle de son père, l’une comme l’autre accidentées. Ah, Nimier, comme l’écrivain ? Ou : Vous êtes parente de l’écrivain ? Ou encore : Vous avez un rapport avec l’écrivain ? Oui, un rapport avec l’écrivain, c’est le moins que l’on puisse dire. Je pense toujours qu’ils parlent de mon père, mais il est arrivé plusieurs fois qu’ils parlent de moi. Ils me demandaient si j’avais un rapport avec Marie Nimier. C’est une question assez troublante, en vérité.
La numérotation des voitures du seize heures quarante pour Rouen est inversée. Pour être en face de l’escalier mécanique à l’arrivée, je m’installe dans la voiture Quinze à une place dont heureusement personne ne vient me déloger. Je suis d’humeur mauvaise. Comme chaque année dans les jours qui précèdent le seize février.
Ce mercredi, entrer en Normandie, c’est entrer dans la pluie. En conséquence, c’est avec l’aide d’un bus Effe Sept que je rejoins la maison.
*
J’écris souvent dans le Rouen-Paris. C’est une ligne propice aux divagations. Je prends ce train plusieurs fois par semaine, j’y ai mes habitudes, je m’y sens comme à la maison. Beaucoup de gens dorment, surtout au retour, moi je noircis des pages, mais il est rare que je les relise. (Marie Nimier, La Reine du silence)
À l’arrivée dans la capitale, je choisis de rester à l’abri en prenant les métros Quatorze et Huit. Remonté en surface à Ledru Rollin, je trouve le Camélia fermé et devant son rideau métallique l’un des fils de la maison et deux potentiels clients. « On attend la clé », me dit le premier. L’autre fils a oublié de se réveiller. Il est actuellement dans le métro à Bastille.
Comme un semblant d’éclaircie est d’actualité je vais au Marché d’Aligre. Chez Émile, encore de la nippe. Chez Amine, toujours les mêmes livres.
Le Camélia ouvert, je m’installe à une table pour le café puis retrouve Marie Nimier racontant son écrivain de père, homme alcoolique et violent. J’apprends que j’aurais pu aller sur sa tombe à Saint-Brieuc cet automne. Personne ne nous a jamais proposé d’aller sur la tombe de notre père quand nous étions enfants. Nous passions pourtant nos vacances d’été dans la région. Nous descendions du train à Saint-Brieuc, puis nous prenions l’autocar jusqu’à Saint-Quay-Portrieux. Une femme au casque de spéléologue vient relever le compteur d’eau de l’immeuble qui bizarrement se trouve dans la cave du bar où l’on accède par une trappe derrière le comptoir. Il y a une rivière qui coule sous l’Opéra Garnier, apprends-je de la conversation des habitués qui sont dans le bâtiment.
À onze heures, je suis devant le café Tonton Lulu où j’ai rendez-vous avec un jeune homme qui m’a acheté deux livres épais pour huit euros. Deux minutes après arrive mon acheteur. Il me donne un billet de dix. « Je dois avoir deux euros », lui dis-je. « Ce n’est pas la peine, ce n’est pas cher. » Je le remercie et lui souhaite une bonne lecture.
Chez Book-Off je ne cesse d’être gêné par une mollassonne. Énervé, je ressors de là avec seulement deux livres à un euro : Quelques Historiettes ou petit éloge de l’anecdote en littérature de Jacques Bonnet (Denoël) et Munkey Diaries de Jane Birkin (Fayard), le premier volume de son journal, j’ai aimé le second on ne peut plus impudique.
Il pleut encore un peu quand je descends dans le métro. J’apprends que la ligne Huit est à l’arrêt à cause d’un bagage oublié. Demi-tour. Le prochain bus Soixante-Seize est dans dix-sept minutes. Pas d’abribus. Je traverse la rue et entre au Rallye. Longtemps que je n’ai pas déjeuné dans ce Péhemmu chinois. Je choisis le hareng pommes à l’huile et l’andouillette pommes sautées. Une de mes voisines parle de sa fille adolescente qui ne sort plus de sa chambre même pour manger. « Là, il faut commencer à s’inquiéter », lui dit l’autre.
Sorti, je retraverse et, miracle, un bus Soixante-Seize est annoncé dans cinq minutes. J’en descends à l’arrêt Hôtel de Ville d’où je rejoins le sous-sol du Book-Off de Saint-Martin. Las, on y entend encore cette foutue radio Chérie avec ses publicités crétinisantes pour les supermarchés et la Saint-Valentin « Il faut marquer le coup ». Point de livres à un euro pour moi mais le Routard Bretagne Sud deux mille vingt-deux deux mille vingt-trois à quatre euros que je ne laisse pas passer. Au rez-de-chaussée, dans le rayon Art des Beaux Livres à deux euros, je prélève Massacres d’André Masson (Skira Seuil). En payant, je me plains à l’employé de la radio affligeante. « On a voulu changer, me dit-il, on remettra Fip demain. »
Il ne pleut plus quand je rejoins L’Opportun. J’y termine La Reine du silence (le surnom que son père lui donnait) de Marie Nimier, son histoire à travers celle de son père, l’une comme l’autre accidentées. Ah, Nimier, comme l’écrivain ? Ou : Vous êtes parente de l’écrivain ? Ou encore : Vous avez un rapport avec l’écrivain ? Oui, un rapport avec l’écrivain, c’est le moins que l’on puisse dire. Je pense toujours qu’ils parlent de mon père, mais il est arrivé plusieurs fois qu’ils parlent de moi. Ils me demandaient si j’avais un rapport avec Marie Nimier. C’est une question assez troublante, en vérité.
La numérotation des voitures du seize heures quarante pour Rouen est inversée. Pour être en face de l’escalier mécanique à l’arrivée, je m’installe dans la voiture Quinze à une place dont heureusement personne ne vient me déloger. Je suis d’humeur mauvaise. Comme chaque année dans les jours qui précèdent le seize février.
Ce mercredi, entrer en Normandie, c’est entrer dans la pluie. En conséquence, c’est avec l’aide d’un bus Effe Sept que je rejoins la maison.
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J’écris souvent dans le Rouen-Paris. C’est une ligne propice aux divagations. Je prends ce train plusieurs fois par semaine, j’y ai mes habitudes, je m’y sens comme à la maison. Beaucoup de gens dorment, surtout au retour, moi je noircis des pages, mais il est rare que je les relise. (Marie Nimier, La Reine du silence)
10 février 2026
Ce lundi neuf février est le jour de mon rendez-vous à la pharmacie Anton & Willem près du Square Verdrel. Je dois y recevoir la deuxième dose du vaccin contre le zona. Mon rendez-vous est à neuf heures et quart. Je suis bien sûr en avance. Comme les deux pharmaciennes n’ont pas d’autre client, elles peuvent sans attendre se pencher sur mon cas.
L’une prépare le matériel. L’autre remplit les documents. Je lui dis que la vaccination contre le tétanos ne sera pas nécessaire car mon médecin traitant a mis à jour mon carnet de vaccination qu’il avait négligé de remplir. Le prochain rappel est pour deux mille trente-deux, ce qui me laisse rêveur. En revanche, ce médecin a fait disparaître du nouveau carnet de vaccination qu’il m’a donné la vaccination contre les maladies à pneumocoques et la première dose du vaccin contre le zona. Peut-être n’est-il pas satisfait de me voir recourir à la concurrence. « On va retrouver tout cela sur Ameli. »
Sa consœur, ayant préparé ma dose à l’arrière, m’appelle. Je m’assois sur la chaise pliante blanche dans le réduit du bas de l’escalier. Je choisis l’épaule gauche. Elle me pique sans que je sente grand-chose. Me voilà tranquille avec cette vaccination qui n’a lieu qu’une fois dans sa vie.
Il me restera à subir le rappel de vaccination annuelle contre la grippe à l’automne. Quant au Covid, comme prochainement j’entre dans un âge où il est recommandé de faire deux rappels par an, ce sera tous les six mois. Plus le temps passe, plus mes défenses immunitaires décroissent Ça s’appelle la vieillesse. Le message est clair. Il est temps que tu laisses la place.
*
La vieillesse dans toute sa caricature, c’est la tête de Jack Lang. Voulant y échapper par la chirurgie esthétique, le voici transformé en fruit confit, momifié de son vivant.
L’une prépare le matériel. L’autre remplit les documents. Je lui dis que la vaccination contre le tétanos ne sera pas nécessaire car mon médecin traitant a mis à jour mon carnet de vaccination qu’il avait négligé de remplir. Le prochain rappel est pour deux mille trente-deux, ce qui me laisse rêveur. En revanche, ce médecin a fait disparaître du nouveau carnet de vaccination qu’il m’a donné la vaccination contre les maladies à pneumocoques et la première dose du vaccin contre le zona. Peut-être n’est-il pas satisfait de me voir recourir à la concurrence. « On va retrouver tout cela sur Ameli. »
Sa consœur, ayant préparé ma dose à l’arrière, m’appelle. Je m’assois sur la chaise pliante blanche dans le réduit du bas de l’escalier. Je choisis l’épaule gauche. Elle me pique sans que je sente grand-chose. Me voilà tranquille avec cette vaccination qui n’a lieu qu’une fois dans sa vie.
Il me restera à subir le rappel de vaccination annuelle contre la grippe à l’automne. Quant au Covid, comme prochainement j’entre dans un âge où il est recommandé de faire deux rappels par an, ce sera tous les six mois. Plus le temps passe, plus mes défenses immunitaires décroissent Ça s’appelle la vieillesse. Le message est clair. Il est temps que tu laisses la place.
*
La vieillesse dans toute sa caricature, c’est la tête de Jack Lang. Voulant y échapper par la chirurgie esthétique, le voici transformé en fruit confit, momifié de son vivant.
9 février 2026
Il arrive que le carillon se donne à entendre hors du traditionnel concert du samedi matin. C’est le cas ce samedi à quatorze heures vingt alors que je me dirige vers mon café lecture. Le carillonneur joue Comme de bien entendu, un air qui ne doit être reconnu que par les plus vieux des passants du parvis de la Cathédrale.
Je trouve place à l’une de mes tables préférées et mon café bu ouvre la biographie d’Honoré de Balzac signée Pierre Sipriot. Au temps où l’écrivain se lançait dans sa ruineuse affaire d’imprimerie, Alfred de Vigny le voyait ainsi : Un jeune homme très sale, très maigre, très bavard, s’embrouillant dans ce qu’il disait et écumant en parlant parce que toutes ses dents d’en haut manquaient à sa bouche trop humide.
Ma bourgeoise voisine raconte à sa semblable amie qu’elle est allée au Printemps pour acheter un parfum citron caviar avec vingt-cinq pour cent de réduction pour la Saint-Valentin. Elle parle pendant une heure de son nouvel appartement dans la rue Thouret, le déménagement, le vase du dix-septième cassé, les travaux prévus, etc. « Bon, et toi ? », demande-elle enfin. « Oh, rien de nouveau ». Elle est inscrite sur une application de rencontres et vient d’avoir deux déceptions, un qui est arrivé avec son cigarillo, un qui lui a envoyé une photo de son torse nu. « Ta fille, elle cherche aussi ? » « Oui, elle est en contact avec quelqu’un depuis plus d’un an. » « Elle l’a rencontré ? » « Non. »
Un trio occupe une autre table, dont un restaurateur du coin qui déclare tranquillement que lorsqu’il va au cinéma à Évreux il se gare avec une carte d’handicapé. « C’est celle de Franck. Je l’ai photocopiée et plastifiée. Il est pas au courant. C’est tentant toutes ces places en bleu. T’en vois beaucoup, toi, des handicapés au cinéma ? »
Sont là aussi deux Cauchoises de passage. « Qui eût cru qu’on aurait venu à Rouen », se réjouit l’une avant de se plaindre de sa corpulence : « Quand t’as des enfants, tout ça, tu peux pas retourner à une taille hyper fine. » « Non, t’en garde toujours. »
Comme de bien entendu, ce n’est pas encore cette fois que je vais sortir d’ici avec une bonne opinion des autochtones.
Avant de refermer la bio de Balzac, je note ceci, cité par Pierre Sipriot, de Benjamin Constant en mil huit cent treize : Il y a deux sortes de barbarie, l’une qui précède les siècles éclairés, l’autre qui leur succède. A n’en pas douter, nous sommes dans la seconde branche de l’alternative.
*
Au Marché du Clos Saint-Marc, ce dimanche matin, je me procure une part de couscous à la rôtisserie des Trois Rivières et un neufchâtel Le Cœur Normand à une fromagerie sans nom.
Par la faute des émissions religieuses de France Culture, j’écoute la matinale de France Inter et me réjouis de l’absence ce jour de l’insupportable Ali Baddou. François-Régis Gaudry y parle du neufchâtel, « une très bonne idée de cadeau pour la Saint-Valentin » avec François Olivier, le fromager rouennais de la rue de l'Hôpital. Il conclut en prétendant qu’il faut prononcer « neuffechâtel » et non pas « neuchâtel ». Comme de mal entendu.
Je trouve place à l’une de mes tables préférées et mon café bu ouvre la biographie d’Honoré de Balzac signée Pierre Sipriot. Au temps où l’écrivain se lançait dans sa ruineuse affaire d’imprimerie, Alfred de Vigny le voyait ainsi : Un jeune homme très sale, très maigre, très bavard, s’embrouillant dans ce qu’il disait et écumant en parlant parce que toutes ses dents d’en haut manquaient à sa bouche trop humide.
Ma bourgeoise voisine raconte à sa semblable amie qu’elle est allée au Printemps pour acheter un parfum citron caviar avec vingt-cinq pour cent de réduction pour la Saint-Valentin. Elle parle pendant une heure de son nouvel appartement dans la rue Thouret, le déménagement, le vase du dix-septième cassé, les travaux prévus, etc. « Bon, et toi ? », demande-elle enfin. « Oh, rien de nouveau ». Elle est inscrite sur une application de rencontres et vient d’avoir deux déceptions, un qui est arrivé avec son cigarillo, un qui lui a envoyé une photo de son torse nu. « Ta fille, elle cherche aussi ? » « Oui, elle est en contact avec quelqu’un depuis plus d’un an. » « Elle l’a rencontré ? » « Non. »
Un trio occupe une autre table, dont un restaurateur du coin qui déclare tranquillement que lorsqu’il va au cinéma à Évreux il se gare avec une carte d’handicapé. « C’est celle de Franck. Je l’ai photocopiée et plastifiée. Il est pas au courant. C’est tentant toutes ces places en bleu. T’en vois beaucoup, toi, des handicapés au cinéma ? »
Sont là aussi deux Cauchoises de passage. « Qui eût cru qu’on aurait venu à Rouen », se réjouit l’une avant de se plaindre de sa corpulence : « Quand t’as des enfants, tout ça, tu peux pas retourner à une taille hyper fine. » « Non, t’en garde toujours. »
Comme de bien entendu, ce n’est pas encore cette fois que je vais sortir d’ici avec une bonne opinion des autochtones.
Avant de refermer la bio de Balzac, je note ceci, cité par Pierre Sipriot, de Benjamin Constant en mil huit cent treize : Il y a deux sortes de barbarie, l’une qui précède les siècles éclairés, l’autre qui leur succède. A n’en pas douter, nous sommes dans la seconde branche de l’alternative.
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Au Marché du Clos Saint-Marc, ce dimanche matin, je me procure une part de couscous à la rôtisserie des Trois Rivières et un neufchâtel Le Cœur Normand à une fromagerie sans nom.
Par la faute des émissions religieuses de France Culture, j’écoute la matinale de France Inter et me réjouis de l’absence ce jour de l’insupportable Ali Baddou. François-Régis Gaudry y parle du neufchâtel, « une très bonne idée de cadeau pour la Saint-Valentin » avec François Olivier, le fromager rouennais de la rue de l'Hôpital. Il conclut en prétendant qu’il faut prononcer « neuffechâtel » et non pas « neuchâtel ». Comme de mal entendu.
6 février 2026
Au Diable des Lombards, je me restaure ce premier mercredi de février ensoleillé de grosses crevettes mayonnaise et d’un cordon bleu maison sauce normande purée puis je vais à la pêche aux livres à un euro dans le sous-sol du Book-Off de Saint-Martin.
J’en remonte avec dans mon panier Iotékha’ de Robert Lalonde (Boréal Compact), Dans la nuit de Bicêtre de Marie Didier (L’un et l’autre Gallimard), Françoise Frenkel, portrait d’une inconnue de Corine Defrance (L’Arbalète Gallimard) doté d’un envoi de l’auteure « Pour Olivia de Fournas, ce récit de la vie d’une femme à travers l’Europe. Bonne lecture ! », Honoré de Balzac de Pierre Sipriot (L’Archipel) je voulais lire sa bio depuis ma relecture de Lettres à Madame Hanska l’année dernière, La Reine du silence de Marie Nimier (Folio), la fille de Roger, en course pour les Municipales de Val-de-Reuil, y évoque son père, et Sur les pas des Allemands et des Autrichiens en exil à Sanary, 1933 – 1945 édité par la Ville de Sanary-sur-Mer, un livre qui m’aurait été utile lorsque je parcourais les rues de cette ville à la recherche des villas les ayant abrités, Sanary dont il est question en boucle sur les chaînes d’info depuis qu’hier un collégien a poignardé sa prof d’arts plastiques.
Je rejoins L’Opportun et La Boîte verte de Michel Walberg, lui aussi souvent dans les cafés où Trônent, mafflus, pansus, les Assis, renouvelant à intervalles métronomiques le gros rouge des ballons où ils se mirent. Celui-ci a la bouche tordue, presque dans la joue, et une jambe de bois. Celui-là le nez et les joues couverts d’efflorescences, et le cheveu rare et roux. Un autre plonge la courbure de son nez dans l’écume d’un demi. Une femme entre deux âges et deux vins rognonne au coin d’une table. L’Opportun est moins pittoresque. A cette heure, on n’y boit que du café. Le serveur est tout réjoui car à midi, il avait déjà quinze euros de tips grâce aux touristes étrangers. « Deux petits-déjeuners, ça fait dix-sept euros. Ils te donnent vingt euros. Ils te disent de garder le reste. » Une femme entre qui veut « manger gratuit ». « Ah non ! Pas gratuit. Au revoir Madame. » Le cuisinier et lui se demandent pourquoi ne revient pas celui qui a oublié son sac à dos noir avec dedans un ordinateur. Mon voisin lit aussi, une biographie de Pissarro.
A la Gare Saint-Lazare, où j’attends le seize heures quarante du retour, près de moi sont deux « Africains ». L’un ouvre sa boîte verte et compte des billets de cinquante euros. « Trois fois dix ».
*
J’allais à New York à l’École française du Saint-Esprit. J’y allais, fils de surréalistes, avec Jean-Jacques Lebel, fils de surréalistes, et Aube Breton, fille du Paraclet même du surréalisme, André Breton. Il arrivait que ce fut le Paraclet même qui me conduisît à l’école ou m’en ramenât. J’ai gardé de lui l’image d’un homme plein de bontés, particulièrement s’il m’alimentait au sortir des classes de chocolats, fourrés de crème de coco, un délice pareil à son sourire. (Michel Waldberg La Boîte verte)
J’en remonte avec dans mon panier Iotékha’ de Robert Lalonde (Boréal Compact), Dans la nuit de Bicêtre de Marie Didier (L’un et l’autre Gallimard), Françoise Frenkel, portrait d’une inconnue de Corine Defrance (L’Arbalète Gallimard) doté d’un envoi de l’auteure « Pour Olivia de Fournas, ce récit de la vie d’une femme à travers l’Europe. Bonne lecture ! », Honoré de Balzac de Pierre Sipriot (L’Archipel) je voulais lire sa bio depuis ma relecture de Lettres à Madame Hanska l’année dernière, La Reine du silence de Marie Nimier (Folio), la fille de Roger, en course pour les Municipales de Val-de-Reuil, y évoque son père, et Sur les pas des Allemands et des Autrichiens en exil à Sanary, 1933 – 1945 édité par la Ville de Sanary-sur-Mer, un livre qui m’aurait été utile lorsque je parcourais les rues de cette ville à la recherche des villas les ayant abrités, Sanary dont il est question en boucle sur les chaînes d’info depuis qu’hier un collégien a poignardé sa prof d’arts plastiques.
Je rejoins L’Opportun et La Boîte verte de Michel Walberg, lui aussi souvent dans les cafés où Trônent, mafflus, pansus, les Assis, renouvelant à intervalles métronomiques le gros rouge des ballons où ils se mirent. Celui-ci a la bouche tordue, presque dans la joue, et une jambe de bois. Celui-là le nez et les joues couverts d’efflorescences, et le cheveu rare et roux. Un autre plonge la courbure de son nez dans l’écume d’un demi. Une femme entre deux âges et deux vins rognonne au coin d’une table. L’Opportun est moins pittoresque. A cette heure, on n’y boit que du café. Le serveur est tout réjoui car à midi, il avait déjà quinze euros de tips grâce aux touristes étrangers. « Deux petits-déjeuners, ça fait dix-sept euros. Ils te donnent vingt euros. Ils te disent de garder le reste. » Une femme entre qui veut « manger gratuit ». « Ah non ! Pas gratuit. Au revoir Madame. » Le cuisinier et lui se demandent pourquoi ne revient pas celui qui a oublié son sac à dos noir avec dedans un ordinateur. Mon voisin lit aussi, une biographie de Pissarro.
A la Gare Saint-Lazare, où j’attends le seize heures quarante du retour, près de moi sont deux « Africains ». L’un ouvre sa boîte verte et compte des billets de cinquante euros. « Trois fois dix ».
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J’allais à New York à l’École française du Saint-Esprit. J’y allais, fils de surréalistes, avec Jean-Jacques Lebel, fils de surréalistes, et Aube Breton, fille du Paraclet même du surréalisme, André Breton. Il arrivait que ce fut le Paraclet même qui me conduisît à l’école ou m’en ramenât. J’ai gardé de lui l’image d’un homme plein de bontés, particulièrement s’il m’alimentait au sortir des classes de chocolats, fourrés de crème de coco, un délice pareil à son sourire. (Michel Waldberg La Boîte verte)
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